Mercredi 1er août 2007: Jazz du Nord
E.S.T. sur sa lancée
Scandinave. Musical. Epuré. Plébiscité. Le Esbjörn Svensson Trio est une autre grande affiche du festival de Crest. Existe-t-il vraiment un jazz scandinave capable de renouveler l’art du trio ? C’est la démonstration que réalise depuis quelques années ce trio à succès.
Après Vienne où il a assuré la soirée de démarrage, le trio EST arrive donc à Crest et à Svensson et ses deux acolytes de tenter d’imposer à nouveau en quelques mesures cet univers dépouillé qui fait leur succès.
L’histoire de cette formation a beau être connue, elle demeure pour une large part surprenante. Comment ce trio né en Scandinavie et qui a commencé à hanter les planches dans le milieu des années 80 s’est peu à peu hissé à un niveau de réputation mondiale au point de cumuler aujourd’hui, les tournées, les albums et les récompenses.
Les faits. Fondé en 1990 et après un premier CD sorti en 1993, le trio peut se vanter aujourd’hui d’être en tête des ventes d'albums de jazz instrumental. Ce qui n’est pas un mince exploit. Les albums à succès en effet se succèdent : From Gagarine’s Point of view d’abord, Goodbye Susie Soho après et ainsi de suite jusqu’au choc de 2002, Strange Place for Snow, thème qu’on a toutes les chances d’entendre résonner à Crest. Le temps de se reprendre et le trio qui aime composer à six mains a imposé Viaticum en 2005 avant de livrer Tuesday Wonderland il y a quelques mois.
Sans cesse, Esbjörn Svensson et ses deux partenaires Dan Berglund à la basse et Magnus Oström aux drums triturent une musique légère, dépouillée, où sons et silences se succèdent et s’entrecroisent, provoquant une écoute retenue. Allant le plus souvent à l’essentiel, débarrassant son jeu de toutes redites ou fioritures superflues, le pianiste retient sans conteste l’attention. Dans la longue histoire des trios de jazz ou de musique improvisée, il n’est pas si évident d’imposer un jeu, une atmosphère ou un échange. Or, ce trio y parvient depuis qu’il arpente les studios et les scènes européennes. A Vienne, il lui restait tout de même à faire la démonstration qu’une telle musique peut mobiliser durant un long set le théâtre antique. Il n’y était parvenu qu’à moitié. Venant après une détonnante Robin McKelle escortée d’un big band emmené par François Laudet, le trio avait eu du mal à imposer ce recueillement sans lequel sa musique apparaît trop figée et emphatique. Dans le cadre plus intime de Crest, l’alchimie sera évidemment toute autre.
La première partie sera assurée par Viktoria Tolstoy (Arrière petite fille de Léon), que nous aurons plaisir à découvrir à Crest.
L'équipe de Jazz-Letter.com
mercredi 1er août: le programme du jour
- 11h15 - Tour de Crest / Haut de l'escalier des Cordeliers / Parc du Bosquet : Suivez le Zèbre
- 16h00 - Caveau du restaurant La Tartine (10 rue Peysson): Etats-Unis et France, discordance des temps.
- 17h30 - Place de l'église: Concours: Corinne Chatel Trio / Lifescape
- 21h00 - Espace Soubeyran: Zazz du Nord: Viktoria Tolstoy / E.S.T. trio
Ca c'est passé hier à Crest (mardi 31 juillet 2007)
21h: Mina Agossi
Quand la voix se transforme en instrument
En France, ce n’est pas les chanteuses qui manquent. En revanche, il est plus rare de croiser un vrai talent, une voix hors du commun qui nous fait ressentir un véritable moment d’émotion. C’est le cas de Mina Agossi. Évoluant au sein d’un trio plutôt minimaliste, elle cuisine les standards pour sortir un jazz insolite des plus rafraîchissant.
Érigeant le métissage comme art de vivre, la chanteuse mi-bretonne mi-béninoise s’amuse à mélanger les styles, à dépasser les frontières du jazz pour proposer un son unique. Profitant de son organe à la douceur sans égal, Mina oscille entre les parties chantées- exclusivement en anglais- et ses délires remplis d’onomatopées divers et variés. Preuve d’une ingéniosité sans faille, elle invente le larsen vocal en imitant les fameux délires musicaux de Jimmy Hendrix dans une reprise de Spanish Castle Magic qui a dû en étonner plus d’un!
Ses musiciens non plus ne sont pas en reste, ils sont loin de faire pâle figure aux cotés de cette chanteuse si charismatique. A commencer par le contrebassiste Éric Jacot et son interprétation de "Slap that Bass" d’après la version de Fred Aster. Ichiro Onoe, en charge de la batterie, n’hésite pas non plus à faire la démonstration de sa maîtrise des percussions, délaissant ses conventionnelles baguettes pour jouer son solo entièrement à la main.
La structure minimaliste de ce trio basse/batterie/chant incite chacun des musiciens à multiplier les moments d’improvisation, domaine où Mina excelle. Même ses respirations font partie intégrante du spectacle, la grande habilité de ces trois musiciens faisant vite oublier l’absence d’autres instruments.
Parfaitement dans son élément, le trio de Mina Agossi a offert un vrai moment de jazz vivant, plein d’énergie et de douceur. Prenant des risques dans ses reprises pour le moins farfelues, cette jeune chanteuse à la voix d’or rempli sans conteste le cahier des charges du Crest Jazz Vocal: proposer des voix somptueuses sur des mélodies qui le sont tout autant. L’explosion de l’applaudimètre prouve bien que la formule fonctionne.
Crest aime bien les retrouvailles.
Pascal Percie du Sert
Line up: Mina Agossi(c), Éric Jacot(b), Ichiro Onoe (dms)
22h30: Manu Katché
Le phénomène Manu
Inutile de présenter une nouvelle fois ce virtuose de la batterie classique, connu en grande partie grâce à sa participation à "la recherche de la nouvelle star" de M6, tout le monde ou presque connaît Manu Katché. C’est sur la scène de Soubeyran à Crest qu’il a choisi de terminer sa tournée d’été. Et bien qu’il n’y ait rien de vocal dans sa prestation, personne n’en va s’en plaindre.
Fidèle à son amour du jazz classique totalement instrumental, Manu continue de cultiver son style propre, tout en finesse, où il effleure sa batterie plus qu’il ne la frappe, se jouant des plus petits cliquetis de son instrument. Toujours aussi tiraillé entre rythmes tertiaires purement jazzy et rythmes binaires beaucoup plus rock, manu se nourri de cette confrontation des influences pour donner le meilleur de lui-même.
Pour cette tournée d’été, le plus illustre des batteurs français a choisi de s’entourer des plus grosses pointures de la scène jazz du moment. Leur prestation est donc à l’avenant: techniquement irréprochable, ils jouent de manière "très carré", tout ici semble avoir été calculé.
Petit plus à signaler du coté du pianiste Frank Avitabile et du cuivre Alex Tassel, qui concentrent l’essentiel de la ligne mélodique. Le joueur de bugle fait merveille, et ne cesse ravir les spectateurs à chacune de ses sorties.
Chaque musicien faisant largement étalage de son talent dans un tourbillon continuel de solos, les passages super techniques s’enchaînent avec finesse et fluidité. Pour autant, le petit supplément d’âme, de folie pure, qui distingue les très bons concerts des moments inoubliables se fait toujours attendre, et la rareté des échanges, de la fusion entre tous ces talents réunis en un seul lieu nous laisse un peu sur notre faim.
Qu’importe, le public repart avec la satisfaction d’avoir trouvé ce qu’il était venu chercher, les oreilles pleines de mélodies suaves et de rythmes syncopés. Le Manu Katché que l’on attendait est bien là, et il est apparemment en très bonne forme. Et il va lui en falloir de l’énergie lui qui se lance dans la promotion de son nouvel album "Playground", dont la sortie est programmée pour fin septembre. On n’a pas fini d’en entendre parler.
Pascal Percie du Sert
Line up: Manu Katché (dms), Trygve Seim (s), Frank Avitavile (p), Alex Tassel (bugle), Jérôme Regard (bs)
La question de Jazz-letter.com à Mina Agossi:
Ce soir, vous jouez accompagnée de deux musiciens, un à la contrebasse, l’autre à la batterie. C’est par souci de minimalisme?
"'Tout a fait. Pourquoi rajouter trop de notes? Quelque soit le talent des musiciens, quand il y a trop d’instruments sur le plateau, on a vite fait de s’y perdre. Moi, je ne suis pas la pour faire un coup, pour faire une quelconque démonstration de mes prouesses techniques. Je cherche juste à faire partager l’échange qui se créé sur la scène avec le public."
Jetant un regard amoureux vers le public, elle poursuit: "C’est-ce que j’aime à Crest, cette facilité de communication avec le public, que l’on a pas forcément dans les trop grosses salles. Ici, tu vois les gens pour lesquels tu joues, tu peux sentir leurs réactions, bonnes ou mauvaises d’ailleurs. J’aime les choses a échelle humaine avec la chaleur qui va avec. J’ai pas mal d’accroche ici, notamment avec Denise Deronzier - Présidente d'Honneur - ndlr. Et puis les bénévoles font les choses avec tant de passions, j’ai beaucoup d’admiration pour eux! J’aime ce festival, et j’aurai plaisir à revenir y chanter. Peut être l’an prochain, qui sait?".
A bon entendeur…
La galerie de la soirée du 31 juillet 2007
Plus de 100 photos des concerts de Mina Agossi et de Manu Katché pour prolonger le plaisir
Le concours
Hier mardi s'est ouvert le concours qui voit s'affronter 8 formations à tendance vocale.
Le groupe "The Sparkling Bubbles" a eu le difficile honneur d'inaugurer cette scène de la place de l'église. 2chanteuses, 1 chanteur, 1 basse et une guitare. Des reprises de standards adaptés façon "Manhattan transfert" un style bien marqué et une prestation de bonne qualité.
(''Chant: S. Holtrop, A-L. Perruçon, P. de Trégomain ; Guitare: M.Lefort ; Contrebasse: A. Bes)
Ensuite une surprise puisque le groupe "Pink Petticoat" (mais où vont-ils les chercher ces noms ?) présentait Marine Pelligrini qui nous avait fait le plaisir de chanter Gainsbourg lors de l'ouverture du festival. Marine accompagnée d'un trio basse, piano et batterie nous a livré des créations personnelles ou d'un jeune arrangeur: Olivier Ikeda. Les 45 minutes imparties pour le concours ont suffit pour séduire le public qui s'est pris au jeu de la fraicheur et de la sincérité de ce groupe. Quelle que soit l'issue du concours nous suivront avec plaisir cette jeune artiste prometteuse.
(Chant: Marine Pellegrini ; Piano + arrangement: Jean-Baptiste Hadrot; Contrebasse: Gauvain Gamon; Batterie: Roland Merlinc)
Ce concours est présidé par un jury composé de:
- Denize Deronzier (Présidente d'Honneur de Crest Jazz Vocal)
- Pierre Ardonceaux (Jazz Magazine)
- Pierre Bonnardel (Jazz Action Valence)
- Jean Cazenave (Train Théâtre)
- Bernard Descotes (APEJS Chambéry)
- Alain Duret (Le Radiant Caluire)
- Robert Lapassade (Fréquence Jazz)
- Alain Thomas (Jazzman)
Programme du jeudi 2 août 2007
- 11h15 - Tour de Crest / Haut de l'escalier des Cordeliers / Parc du Bosquet : Suivez le Zèbre
- 16h00 - Caveau du restaurant La Tartine (10 rue Peysson): Conférence: Rencontre ? Boris Vian, Claude Luter, les frères Fol...Deuxième débarquement du jazz, le bebop, "bataille d'Hernani", en février 1948
- 17h30 - Place de l'église: Concours: Yaël Angel / Grzegorz Karnas
- 21h00 - Espace Soubeyran: Jazz de l'Ouest: Le Ronald Baker Quintet invite Jesse Davis / Dianne Reeves
La Gazette du festival publiée par l'équipe de bénévole est accessible en cliquant sur la couverture (PDF 2Mo)

