Jeudi 2 août 2007: Jazz de l'Ouest
Dianne Reeves : un moment si rare
Ne boudez pas votre plaisir : il est rare de pouvoir déguster la grande chanteuse les yeux dans les yeux sous un ciel étoilé. Ce sera à Crest et nulle part ailleurs car pour le reste, la grande chanteuse est plutôt attendue aux USA ou en Europe dans des salles et des festivals XXL
En soi, la performance n’est pas mince d’attirer jusqu’à Crest Dianne Reeves. Alors qu’elle a démarré une tournée aux Etats-Unis, elle n’a prévu début août que trois dates en Europe histoire de dire "coucou", à Alicante, Crest et Marciac, avant de repartir aux Etats-Unis jusqu’à fin octobre. Toutefois, même si elle est attendue à nouveau en Espagne, en Belgique ou aux Pays-Bas en novembre, aucune date n’est prévue à Paris ou dans l’Hexagone.
C’est dire l’importance de cette halte organisée à Crest, festival qui ne bénéficie ni du renom de Marciac ni de ses moyens ni des liens que la chanteuse entretient avec Wynton Marsalis avec lequel elle a enregistré à plusieurs reprises et qui est devenu un pilier de ce festival.
Mais c’est précisément l’intérêt de Crest : on pourra savourer Dianne Reeves dans un tout autre cadre que ceux où elle est appelée à se produire durant cette tournée, que ce soit Marciac, le festival de Newport quelques jours après, ou les plus grandes salles des Etats-Unis .
Une Dianne Reeves les yeux dans les yeux en quelque sorte, sous le ciel étoilé de Crest (enfin on espère), et escortée d’une formation minimum à même de laisser fleurir les plus belles nuances de cette voix si rare.
Car, ne nous leurrons pas, et Vienne n’a pu que confirmer le fait, au firmament des grandes voix féminines de jazz, Dianne Reeves est aujourd’hui à peu près seule. Ca tient moins à la banalité ou au manque de talents des autres qu’à la richesse de cette artiste dont la voix saisit à tout coup, quelque soit le répertoire qu’elle s’amuse à aborder. Qu’il s’agisse de plonger dans les standards les plus repris, ou de faire équipe avec Marsalis et son Lincoln Center Jazz Orchestra, ou d’enregistrer un disque de chansons de Noël, Dianne Reeves enrichit tout ce qu’elle touche de nuances incomparables, passant de la voix la plus épurée aux intonations "soul" les plus rauques et sensuelles, évitant toute fioriture ou excès. En fait, il n’est pas un registre où la chanteuse n’excelle pas. Ce qui explique sa longue discographie ou ces multiples pas de deux sur des paysages éloignés comme avec le Chicago Symphony Orchestra dirigé par Barenboim ou avec le Berlin Philharmonic.
Récompensée à de multiples reprises, encensée par Blue Note, recherchée par beaucoup, Dianne Reeves a notamment travaillé avec le producteur Arif Martin, le complice de Norah Jones et autre Aretha Franklin, sur une collection de standards rares mais s’est aussi illustrée autour du film «"Good night and Good luck", le film de Clooney, qui lui a valu une quatrième VocalGrammy en 2006.
En attendant un nouvel album de compositions personnelles prévu pour 2008 et qui rompra un silence de près de six ans, Dianne Reeves est donc à Crest ce soir. Aux antipodes des grandes salles qui marqueront sa tournée. Le temps d’une petite halte unique dans un calendrier chargé. Bref, un moment si rare.
La première partie sera assuré par le quintet de Ronald Baker qui invite Jesse Davis: de la bonne "Great Black Music" en perspective.
Bon concert.
L'équipe de Jazz-Letter.com
jeudi 2 août: le programme du jour
- 11h15: Suivez le Zèbre: 3 jeunes formations à 3 endroits de la ville pour un concert gratuit
- 16h00 - Caveau du restaurant La Tartine (10 rue Peysson): Conférence: Rencontre ? Boris Vian, Claude Luter, les frères Fol...Deuxième débarquement du jazz, le bebop, "bataille d'Hernani", en février 1948
- 17h30 - Place de l'église: Concours: Yaël Angel / Grzegorz Karnas
- 21h00 - Espace Soubeyran: Jazz de l'Ouest: Le Ronald Baker Quintet invite Jesse Davis / Dianne Reeves
Vu hier à Crest (Mercredi 1er août 2007)
Soirée Jazz du Nord
21h : Viktoria Tolstoy
Une belle blonde et un piano
Venue directement de Norvège, la chanteuse Viktoria Tolstoy a ouvert cette soirée dédiée aux musiques du Nord. Un show (et froid) mitigé qui reflète un coté marketing plutôt décevant.
Une belle blonde, un pianiste au dessus du lot, effectivement, l’affiche de ce début de soirée consacrée au jazz venu des pays scandinaves peut paraître alléchante. Malheureusement, l’émotion attendue n’est pas au rendez vous.
Que peut on attendre d’une chanteuse qui revendique l’héritage de Prince - "le roi de la pop"- dans ses compositions? De la variété pur jus, une musique qui certes se laisse facilement écouter, mais qui est loin de déchainer les passions.
Viktoria aborde la plus part des thèmes du genre, reprenant sans complexe les mélodies des chansons norvégiennes de son enfance. Elle revendique pleinement ce coté "easy listening", et marche dans la trace de sa compatriote Monica Zetterlund.
Sortie de l’ombre au début des années 90, Viktoria a gardé les traces de cette époque pas si lointaine en s’entourant de musiciens aux sonorités pop et folk très prononcées. Malgré quelques défauts, surtout au niveau de la batterie, son show parvient tout de même à satisfaire les amateurs du genre grâce au pianiste et arrangeur Jakob Karlzon qui rivalise d’ingéniosité dans la compositions des mélodies. L’honneur est donc sauf. Faisant sienne la citation de son illustre arrière-arrière-grand-père Léon Tolstoï "Les grandes œuvres d’art ne sont grandes que parce qu’elles sont accessible et compréhensible par tous", Viktoria Tolstoy tente de faire oublier son statut d’archétype de la blonde norvégienne en proposant des compositions personnelles où sa voix peut entièrement s‘exprimer, à destination de plus grand nombre.
Hélas, son projet se voit réduit à sa plus simple expression par des musiciens aux talents aléatoires, donnant l‘impression que ce groupe n‘est réuni sur scène que pour faire vendre. Tout ceci a bien du mal à s’inscrire dans la programmation du Crest Jazz festival, malgré l’indéniable qualité vocale de cette chanteuse autodidacte.
22h30: E.S.T. ( Esbjörn Svensson Trio)
A la conquête d’un nouveau jazz
Le Esbjörn Svensson Trio (E.S.T) n’en est pas a son coup d’essai. Un peu desservi par une programmation trop contrastée lors de leur passage au théâtre antique de Vienne voici quelques semaines, E.S.T investit la scène de Soubeyran ce Mercredi soir, clôturant de façon magistrale cette soirée dédicacée à la musique du Nord.
Constamment à la recherche de LA note juste qui va faire passer l’ensemble du morceau du mieux possible, le pianiste Esbjörn Svensson ne court pas après les applaudissements, mais essaie de faire tendre sa musique vers une certaine forme de perfection. Esbjörn n’hésite pas à aller pincer les cordes de son piano tel un guitariste, tandis que le contrebassiste Dan Berglund se joue des nombreux effets de larsen et autres sons saturés, faisant penser à certains solos de Radiohead plus qu’aux standards traditionnels du Jazz. Malgré une justesse musicale hors du commun, leur originalité latente se transforme parfois en un classicisme décevant, le résultat manquant un peu de tonus pour vraiment plaire aux plus "djeuns" d’entre nous.
Il y a pourtant dans cette atmosphère remplie de musique douce un air de pureté, un soupçon de génie qui donne à leurs titres une profondeur bienvenue. Peut être que le gros travail effectué sur les lumières n’y est pas étranger. L’éclairage doux et précis s’adapte parfaitement aux mélodies, et l’on fini par se demander si c’est bien les lumières qui illustrent la musique ou bien l’inverse. Autre bonne surprise les gestes des musiciens sont repris en video sur le fond de scène, plongeant encore un peu plus les spectateurs au cœur de la musique. A travers ce spectacle complet, E.S.T. confirme tout le bien que l’on pensait d’eux.
Pascal Percie du Sert
La question de Jazz-Letter.com à Esbjörn Svensson :
Vous utilisez pas mal d’effets sur vos instruments, notamment votre contre bassiste Dan Berglund. Le son qui sort naturellement de vos instruments ne vous suffit plus ?
"(rires). Non, nous sommes encore amoureux du sons de nos instruments. Mais je trouve que ces effets rajoute une dimension à notre musique. C’est vrai qu’on en a pas forcement besoin, mais le jazz est une musique tellement libre qu’on adore faire des essais, tester, pour parfois trouver la sonorité que nous recherchons. Et si on a besoin d’effets pour l’obtenir, pourquoi pas!" Visiblement fatigué par sa prestation, il s’assied et poursuit: "Malgré tout, on essaie de rester assez simple dans nos morceaux, de garder cet aspect minimaliste qui nous plait tant. D’ailleurs, nos ingénieurs du son et des lumières sont vraiment dans le même esprit. Notre ingénieur lumières, Anders Amrèn improvise sur notre musique, tout en essayant de rendre le show le plus naturel possible. C’est vraiment très dur de prévoir où la musique va nous emmener. J’espère en tout cas qu’elle emmène notre public loin, très loin…"
Petite exclusivité Jazz-Letter.com :
En parlant de destination lointaine, Esbjörn nous avoue qu’après cette tournée qui lui a fait sillonner les quatre coins du monde, il s’apprête à prendre quelques semaines de vacances, "loin de toute technologie" s’amuse-t-il à préciser. Un petit peu de repos bien mérité avant la sortie d’un double album live, "dont le titre reste encore à trouver, mais qui donnera une plus juste image de ce que l’on est capable de faire en concert" prévu pour la fin de l’année 2007.
La galerie de photos de la soirée Jazz du Nord
(mercredi 1er août 2007)
Le concours: journée du mercredi 1er août 2007
Seconde journée du concours vocal
Premier groupe Corinne Chatel trio
Une vraie recherche vocale, un travail sur les sons et les échanges la chanteuse et ses musiciens. Dès l'intro on est interpellé par cette technique vocale bien maitrisée. Un set très académique avec quelques créations sympathiques. (Jürgen Richter: Contrebasse ; Stefan Sigg: Trompette / Bugle ; Corinne Chatel: Voix) site: http://www.corinechatel.eu
Second groupe : Lifescape
Enfin une voix masculine, une belle voix qui n'est pas sans rappeler certains rares crooners en vogue en ce moment. Une prestation qui a bien séduit le public de la place de l'église. (Renaud de Lacvivier: Piano ; Arnaud Girard: Batterie ; Dan Yankowitz: Contrebasse ; Olivier Régin: Voix) Site de Lifescape
La conférence de Nicolas Béniès (Mardi 1er août 2007)
Cette seconde journée du cycle de conférence avait pour thème "Discordance des temps entre les USA et la France"
N. Beniès y voit deux niveaux de discordances:
- Discordance des temsp dans l'espace: En France entre ce qu'il se passe au niveau histoire et dans le Jazz
- Discordance des temps dans les espaces : ce qu'il se passe en Grande-Bretagne, aux Usa et en France: En Grande Bretagne Grappelli est resté à Londres. Django a pris le dernier bateau pour la France et aux Etats-Unis le Be-Bop emerge.
Ce Be-Bop qui va changer la vie de plein de gens et être à l'orignie de la "Bataillde d'Hernani du jazz" en 1948.
Par exemple Claude Luter va refuser le Be-bop et préfère rester dans le "Jazz Classique". Les frères Fol (Hubert et Raymond), Boris Vian et d'autres vont s'engouffrer dans la brèche.
Aux USA, des clubs comme le "Monroe’s Uptown House" et le "Minton’s Playhouse" sont des creusets fertiles au développement de ce nouveau genre qu'est le Be-Bop
L'année 1941 sera très riche aux USA avec notamment Charlie Christian un "météore" qui intègre l'orchestre de Benny Goodmann et révolutionne la pratique de la guitare. A la même époque le big band de Jay McShann (Kansas City) intègre le jeune Charlie Parker et de son coté Duke Ellington construit son univers particulier centré autour de New-York permet. Jimmy Blanton au sein de la formation de Duke va complètement changer la manière d'approcher la contrebasse. Enfin et pour essayer d'être complet, il convient de mentionner Thelonius Monk qui compose à cette période la plupart de ses grandes oeuvres. "Bird" ne sera enregistrée qu'en 1947 et repris par Miles Davis qu'en 1955. On le voit cette période fourmille de nouveaux talents aux USA, nation qui prend une grande avance au niveau du Jazz, d'où cette discordance des temps.
Le thème de la conférence du 2 août (modification du programme original) : "Mémoire et oeuvre d'art".
Et demain ? programme du vendredi 3 août 2007
- 11h15: Suivez le Zèbre: 3 jeunes formations à 3 endroits de la ville pour un concert gratuit
- 16h00 - Mediathèque (Place de la gare): Conférence: "Trajectoires de Django Reinhardt (1941-1953)"
- 17h30 - Place de l'église: Concours: Black Narcissus / Michela Lombardi
- 21h00 - Espace Soubeyran: Jazz du Sud: Omar Sosa trio / AFRICANDO
La Gazette du festival publiée par l'équipe de bénévole est accessible en cliquant sur la couverture (PDF 500ko)
Les Tarifs de Crest Jazz Vocal 2007
Tarif normal : 27€
Tarif réduit* : 20€
Soirée Jeunes Talents : 12€
Spectacle Jeune Public : 10€
Abonnement - 3 soirées : 60€
Abonnement - 2 soirées week-end : 42€
Abonnement - 2 soirées week-end tarif réduit* : 30€
Places assises limitées et non numérotées
- Tarif réduit sur présentation d’un justificatif : étudiants, - de 18 ans, chômeurs, groupes > 10 personnes sur réservation.
- Tarif réduit pour les collectivités et Comités d’Entreprise, sur réservation.
- Gratuité pour les enfants de - de 10 ans accompagnés, sauf pour le spectacle "Les Beaux Mioches"(10€).
- Carte M’RA et chèques vacances acceptés !

